Ce marché illicite pèse plus de 830 millions d’euros chaque année. Des revenus qui échappent totalement au fisc, alors que l’État paye une facture salée en prévention, répression et soins.

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Le cannabis agite le débat public depuis la sortie de la ministre du Logement, Cécile Duflot, en faveur de la dépénalisation de sa consommation. Une idée qui refait périodiquement surface sans jamais effacer les antagonismes entre ses partisans et opposants. L’enjeu du débat n’est pourtant pas anodin d’un point de vue économique. «Le cannabis est de loin la drogue illicite la plus consommée et la plus disponible en France», constate l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT). D’après ses dernières données, environ un tiers (32,8%) des adultes de 18 à 64 ans ont «expérimenté» cette substance en 2010, soit plus de 13 millions de personnes. La consommation régulière, en revanche, est nettement moins fréquente, car elle touche 2,1% de cette tranche d’âge. Et sa tendance est à la baisse depuis 2002, où un pic avait été atteint. «La proportion des 15-75 ans considérant le cannabis dangereux dès l’expérimentation est passée de 52 % à 60 % entre 1999 et 2008», explique l’OFDT.

Toujours est-il que ce commerce reste juteux. La vente de cannabis représente un chiffre d’affaires annuel de 832 millions d’euros, selon les dernières estimations de l’OFDT. Un marché stable car les prix résistent bien, après s’être effondrés entre 1996 et 2008. Durant cette période, le prix de la résine de cannabis avait perdu un quart de sa valeur. Il graviterait aujourd’hui autour de 5 euros pour un gramme. Celui de l’herbe, qui avait été pratiquement divisé par deux, se serait installé autour de 7 euros pour un gramme. Autant de revenus qui ne contribuent pas aux caisses de l’État, le cannabis étant un produit classé stupéfiant et son usage étant interdit, conformément à la loi du 31 décembre 1970. Si ce trafic ne rapporte rien au fisc, il coûte cher à la collectivité. «Les comptes publics sont affectés négativement du fait des dépenses de soins, de prévention, de répression et de recherche», relève Pierre Kopp, professeur d’économie à l’université Paris I Panthéon-Sorbonne.

Facture de 1,7 milliard d’euros pour l’État

Dans son article « Les drogues sont-elles bénéfiques pour la France? » paru dans la Revue économique en septembre dernier, l’économiste a évalué à 1,7 milliard d’euros le coût des drogues illicites pour l’État. D’après ses calculs, leur effet sur les dépenses de santé s’élèverait à 709,97 millions d’euros, tandis que les impôts non encaissés du fait des décès prématurés de consommateurs représenteraient 179,70 millions. À l’inverse, les retraites non versées à cause de ces décès permettraient à l’État d’économiser 80 millions d’euros. Enfin, les dépenses de «répression, de prévention et de recherche» grèveraient encore la facture de 916,59 millions d’euros, dont 300 millions pour les seules interpellations des délinquants. Or, les arrestations pour usage de cannabis représentent toujours 90% des interpellations liées aux stupéfiants. En 2010, l’Office central pour la répression du trafic illicite des stupéfiants (OCRTIS) en a recensé plus de 120.000, en léger recul de 2% par rapport à 2009.

S’il se refuse à commenter une éventuelle légalisation du cannabis, Pierre Kopp estime tout de même que «cette mesure rapporterait environ 1 milliard d’euros à l’État grâce aux taxes». Il relativise également l’impact d’une dépénalisation sur la consommation. Selon lui, «il s’agit de trouver le juste niveau de taxation, qui permettrait de maintenir le prix actuel du cannabis». Si ce prix devenait prohibitif, cela aurait pour effet contre-productif d’encourager le trafic, prévient-il. Un avis partagé par le docteur Alain Rigaud, addictologue. Dans un entretien à  France 24, il cite l’exemple des Pays-Bas. «La consommation de cannabis y est tolérée et elle n’a jamais explosé», observe-t-il. «Idem pour le Portugal, qui a autorisé la détention de marijuana dans le cadre d’une consommation personnelle: aujourd’hui, le pays fait partie de ceux qui comptent le moins de consommateurs en Europe.»

 

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